L'emploi et l'employabilité
La question :
Le taux de chômage des personnes Sourdes est inacceptablement élevé. Il y a peu de Canadiens Sourds employés dans les professions et à des postes de “haut niveau”.
La position de l’ASC :
Les prétentions concernant “l’inemployabilité” des personnes Sourdes sont inacceptables. Les vraies causes du chômage élevé dans la communauté Sourde sont la patronisation par les entendants, une méthodologie éducative inadéquate et une discrimination systématique.
L'Association des Sourds du Canada a effectué un sondage et un projet de collecte de données en 1998, portant sur l'emploi et l'employabilité des Sourds canadiens. Nous avons constaté que seulement 20,6% des Sourds Canadiens sont pleinement employés; que 41,9% sont sous-employés et que 37,5% sont sans emploi. Par comparaison, 60,9% de tous les Canadiens ont un emploi et seulement 8,1% sont sans emploi.
Le taux combiné de chômage et de sous-emploi des Sourds Canadiens est demeuré inchangé pendant une période de six ans (1992-98), en dépit d’améliorations et de croissance du taux global d'emploi des Canadiens.
Plus un Sourd Canadien est éduqué, plus il a de chances d’être sous-employé plutôt que pleinement employé ou en chômage.
Bien qu'il y ait des différences dans l'emploi des hommes et des femmes, et entre les diverses catégories d'âge, le chômage et le sous-emploi sont uniformément hauts pour tous.
Ajustée aux ressources et à la taille de la main-d'oeuvre, il semble que la communauté Sourde soit son propre meilleur employeur, en particulier dans les domaines de l'éducation et des services sociaux. L'emploi des Sourds est faible dans les professions et dans le domaine de la haute technologie; il a tendance à se rassembler dans les domaines industriel et de la communauté. Il existe de plus en plus de travailleurs autonomes ou d'entrepreneurs Sourds. Les personnes Sourdes occupent un large éventail d’emplois -- elles ne sont pas limitées à une petite poignée de types d’emplois.
La représentation Sourde dans les professions et les postes de “haut niveau" tels que les cadres de corporations est presque inexistante. Au meilleur de notre connaissance, le Canada ne compte que trois ou quatre avocats Sourds, un médecin Sourd, un psychologue Sourd et un professeur d’université Sourd. Aucune des grandes entreprises de télécommunications ou des grandes institutions financières au Canada n’a d’employé sourd au niveau des cadres supérieurs ou de la direction. De quelques trente agences de services (y compris les nombreux bureaux de la Société canadienne de l’ouïe en Ontario) spécifiquement au service des personnes Sourdes, seulement quatre ou cinq sont dirigées par des directeurs généraux Sourds. De douze écoles pour les Sourds, aucune n'est dirigée par des directeurs ou des surintendants Sourds.
La Commission de la fonction publique, qui est responsable de la plupart des employés du gouvernement fédéral, a rapporté en 2001 que seulement 1,1 pour cent des employés fédéraux s’identifient comme Sourds ou malentendant. En utilisant la règle du "un sur dix" pour distinguer les Sourds des malentendants, cela signifie qu’un incroyablement minuscule 0,1 pour cent de la fonction publique fédérale est Sourde. En outre, la plupart sont des travailleurs à contrat (temporaires) à des postes manuels tels que des préposés aux dossier et du personnel d'entretien.
Les faits suggèrent que la raison principale pour laquelle les personnes Sourdes peuvent trouver du travail seulement dans la communauté Sourde est à cause des obstacles à leur participation à la société "normale". Les employeurs potentiels peuvent être peu disposés à embaucher des travailleurs Sourds en raison d’idées préconçues à l’effet que la communication avec elles est "trop difficile" et que la satisfaction de leurs besoins sur leur lieu de travail imposerait une contrainte financière. De telles attitudes font partie d'une discrimination systématique contre les demandeurs d’emploi Sourds; elles font également partie de la discrimination contre la promotion des travailleurs Sourds à des postes de responsabilité et d’ancienneté. L'ignorance et un manque d'information conduisent aussi à ces prétentions fausses: par exemple, les employeurs ignorent souvent que le coût des interprètes est une dépense d’affaires déductible de l’impôt, et que d'autres moyens d’adaptation (tels que des ATS et des alarmes visuelles) peuvent être subventionnés par des programmes fédéraux et provinciaux d’encouragement.
L'Association des Sourds du Canada recommande instamment le renforcement de la législation fédérale et provinciale concernant l’équité en matière d’emploi, des campagnes d’information plus agressives pour éliminer des préoccupations des entreprises concernant le coût des adaptations, et davantage de financement pour la communauté Sourde pour lui permettre d'embaucher, former et promouvoir les travailleurs Sourds. Nous préconisons un partenariat fort entre les gouvernements et les organisations des Sourds pour qu’ils travaillent ensemble à aider les Sourds Canadiens à devenir plus employables et à en placer davantage à des postes professionnels et exécutifs. Les programmes fédéraux et provinciaux d'emploi doivent déplacer leur emphase de la création de possibilités de formation et la diriger plutôt vers la création de possibilités d'emploi. En particulier, le gouvernement fédéral doit donner l’exemple en augmentant considérablement le pourcentage de sa propre main-d'oeuvre Sourde, particulièrement aux niveaux exécutif et politique. Nous exigeons fortement que des personnes Sourdes obtiennent le contrôle de leurs propres établissements, y compris les écoles et les agences de service pour les Sourds.
Approuvé le 26 mai 2007
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